Challenge AZ : W

WC

Oui, c’était ça ou wagon…

Source : Extrait du "Décaméron", BnF, Arsenal, milieu du XVe siècle

Avant l’apparition des WC modernes, l’évacuation des besoins repose sur des dispositifs simples et souvent rudimentaires. En ville comme à la campagne, les fosses d’aisance constituent la solution la plus répandue : il s’agit de cavités étanches destinées à recueillir les excréments provenant de latrines ou de toilettes sommaires. Contrairement aux fosses septiques actuelles, elles ne disposent d’aucun système d’évacuation des liquides et doivent être vidangées régulièrement, parfois chaque semaine lorsque leur capacité est réduite. À défaut, on recourt à des latrines extérieures, souvent partagées entre plusieurs foyers, tandis que le pot de chambre reste indispensable à l’intérieur des habitations, on en retrouve de nombreuses mentions dans les inventaires après décès, signe de son usage quotidien.

Source : Delcampe.net

Pendant longtemps, l’idée de propreté n’implique pas le nettoyage systématique mais plutôt l’évacuation des déchets afin de rendre les rues praticables. Autrement dit, on pousse les excréments et les déchets ménagers, sans distinction, sur le côté afin de facilité le passage. La vidange des latrines et des fosses est assurée par des métiers aujourd’hui disparus, tels que les « gagne-petit », les vidangeurs, les torpilleurs, chargés de transporter les déchets hors des villes selon des règles strictes d’hygiène.

Source : Delcampe.net

Peu à peu, les préoccupations sanitaires s’affirment et des dispositifs d’évacuations commencent à transformer les usages, notamment afin de donner accès à la population à une eau moins contaminée. Au XVIIIᵉ siècle, la conception de l’intimité dans les milieux aisés apparaît. Les espaces se cloisonnent et des pièces spécifiques font leur apparition telles que les cabinets de toilette et de commodité, muni des premiers systèmes « à l’anglaise ». La chasse d’eau a été inventée à la fin du XVIᵉ siècle par Sir John Harington (ancêtre de l’acteur Kit Harington),  poète et inventeur à la cour de la reine Elizabeth Ière.

Pour documenter ces pratiques, on peut se tourner vers les archives municipales, notamment les règlements sanitaires et la police des bâtiments,  ainsi que vers le notariat, qui offre de précieuses mentions dans les inventaires et les contrats de maison.

Source : AM Nice, Projet d’établissement de deux lieux d’aisance, Nice, Boulevard du Pont-Vieux et Boulevard du Pont-Neuf, 1863, 2 T 15-1615/1

L’arrivée des toilettes dans les maisons marque une transformation majeure du cadre de vie. En ville, ce changement s’opère progressivement entre la fin du XIXᵉ et le début du XXᵉ siècle, en lien avec les politiques d’hygiène publique, la lutte contre les épidémies et l’extension des réseaux d’eau potable. Disposer de toilettes privées devient alors un signe de confort moderne, d’abord réservé aux immeubles récents et aux foyers les plus aisés, tandis que les autres continuent d’utiliser des cabinets extérieurs ou communs. À la campagne, la transition est beaucoup plus tardive : dans certaines régions, les toilettes intérieures ne s’imposent vraiment qu’à partir des années 1950–1970, lorsque l’adduction d’eau courante se généralise. Ce décalage révèle de fortes inégalités sociales et territoriales, mais aussi des résistances culturelles face à un changement perçu comme coûteux ou inutile.

Source : Publicité américaine, J.L Mott Iron Works, Publisher, 1877-1892.

L’apparition des WC publics constitue un véritable marqueur social dans les villes. À Paris, les premières « commodités publiques » sont installées dès les années 1840 pour répondre aux enjeux d’hygiène urbaine et limiter les urinoirs sauvages qui souillaient rues et murs. Leur implantation accompagne une nouvelle manière de penser la ville : l’assainissement devient un outil d’urbanisme autant qu’un impératif de santé publique. Cependant, cet accès reste profondément inégal. Les aménagements sont d’abord réservés aux hommes, tandis que les femmes doivent attendre la fin du XIXᵉ siècle, parfois même le début du XXᵉ, pour bénéficier de toilettes publiques dédiées, ce qui restreint leurs déplacements et leur présence dans l’espace urbain. Pour nos ancêtres citadins, ces installations changent le quotidien : elles permettent de rester plus longtemps hors du domicile, transforment les usages de la rue et participent progressivement à l’amélioration du confort collectif.

Source : Vespasienne cylindrique simple en fonte ouvragée, faubourg Saint-Martin, 10e arr., Paris, Charles Marville, vers 1870.

Après cette plongée historique dans les toilettes, est-ce qu’on n’est pas heureux d’être en 2025? Parce que niveau charge mentale, c’est tout de même sacrément lourd au XVIIᵉ, aujourd’hui, à part une note vocale pour ne pas oublier d’acheter du papier toilette, c’est relativement léger, fini les « chéri, tu jetteras le contenu du pot de chambre dans la rue avant de sortir, fais attention au falotier, tu l’as éclaboussé la dernière fois ». Sans compter les accidents! Merci Sir Harrington (merci pour Kit aussi), Thomas Crapper, Alexander Cummings, messieurs Haussmann et Belgrand.

Source : Journal Le Droit, 1/12/1882, p.5/6

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