Challenge AZ : V
Visite aux archives
Même si nous avons la chance, en France, de pouvoir consulter en ligne une quantité impressionnante de documents d’archives, certaines informations plus précises exigent encore de se déplacer. Et une visite aux archives reste toujours un plaisir. À Nice, nous sommes particulièrement gâtés : la même ligne de tram dessert les archives municipales et les archives départementales, ce qui rend l’accès assez facile. Mais avant de partir, mieux vaut savoir exactement ce qu’on cherche et ce qu’on espère trouver. Une fois sur place, il faut aussi comprendre comment les choses se passent : où commencer, à qui s’adresser, quelles règles respecter. Et surtout, après la visite, que fait-on de tout ce que l’on a découvert ? Une bonne préparation, c’est la clé pour transformer une simple consultation en véritable avancée généalogique.
Toutes les informations ici ne sont peut-être pas valables pour tout le monde, chacun sa méthode et si d’autres ont des petits trucs, je les accueille avec plaisir.
Lorsque je démarre une recherche, j’essaie de ne pas partir dans tous les sens. Je me fixe d’abord une liste de questions précises auxquelles je veux répondre, puis j’identifie les documents susceptibles de m’apporter ces réponses. Une fois ce cadre posé, je commence mes vérifications sur le site des Archives départementales.
Prenons un exemple concret :
Je cherche à retracer la fin de vie d’une femme née en Italie vers 1850, veuve à 35 ans installée à Menton à la fin du XIXᵉ siècle avec son unique fils vivant. Aucune demande de naturalisation n’a été trouvée à son nom. Aucun acte de décès n’apparaît dans les registres de Menton ni des communes voisines. Elle n’est pas enterrée avec son fils et aucune sépulture ne correspond à son identité dans les cimetières du secteur. Les archives en ligne ne donnent rien non plus : pas de trace dans les hypothèques, les tables de successions et absences, ni dans la presse ancienne. On sait en revanche qu’elle figure encore au domicile de son fils dans le recensement de 1921 à Menton, mais qu’elle n’y apparaît plus en 1926. Enfin, le dossier de naturalisation de son fils, daté de 1927, indique que ses deux parents sont décédés. On peut donc resserrer la période de recherche entre 1921 et 1927.
Mes questions sont d’abord très simples et ciblées :
– Quand et où est-elle décédée ?
– Est-elle morte à l’hôpital ?
– Avait-elle un passeport ou un titre de séjour ?
En définissant clairement le périmètre, on transforme une recherche floue en enquête méthodique et les pistes s’ouvrent beaucoup plus facilement.
J’ouvre ensuite le site des Archives départementales et je commence par une recherche large. Dans la “recherche globale”, je tape différents mots-clés : son nom de naissance, son nom marital (avec plusieurs orthographes possibles), sa commune de naissance… On ne sait jamais où une piste peut surgir. Puis je passe aux inventaires en ligne, dans l’onglet État général des fonds du site des AD06, et j’examine ce qui pourrait m’être utile.
- Archives publiques antérieures à 1940
Administration générale et économie
Police : je repère des cotes liées aux relations avec l’étranger, notamment des documents sur l’immigration italienne.
Population : des répertoires de naturalisation sont disponibles ; je peux vérifier si elle n’avait vraiment jamais fait de demande.
Assistance sociale : elle a peut-être bénéficié d’une aide ; je note donc la cote de l’état nominatif des personnes admises à l’assistance publique entre 1903 et 1927.
- Archives hospitalières
Il n’y a pas de fonds conservés pour l’hôpital de Menton, mais je relève qu’un membre de la famille a été admis à l’hôpital de Nice quelques années plus tôt, une piste à garder sous le coude.
Ce n’est pas toujours très spectaculaire, mais en parcourant les inventaires, je note toutes les idées et les questions qui me viennent, et que je pourrai poser aux archivistes une fois sur place. Les cotes sont enregistrées dans mon classeur en ligne, ma liste de questions est prête, je vérifie les horaires et je prépare mon matériel. Aux AD06, les crayons à papier, les carnets et l’ordinateur portable (sans la housse) sont autorisés.
Et une fois tout cela fait… il n’y a plus qu’à y aller.
Une fois sur place, je présente ma carte de lecteur à l’accueil et je dépose mes affaires dans les casiers. Après un passage obligatoire par le lavabo, j’entre en salle de lecture. L’archiviste m’indique une place et je commande mes cotes depuis l’ordinateur. Aux AD06, on peut demander trois documents toutes les 30 minutes, à condition d’avoir consulté ceux déjà reçus avant d’en commander d’autres.
En attendant que les documents arrivent, j’en profite pour feuilleter les registres papier mis à disposition, notamment celui consacré à Menton et aux dépôts effectués par la commune. C’est souvent très instructif : les descriptions sont parfois plus précises qu’en ligne et offrent une vision différente des fonds.
Quand mes documents sont prêts, je les consulte un par un. J’épluche chaque dossier avec soin : respect de l’ordre, manipulation délicate… Si un document s’avère pertinent, je le photographie et je prends systématiquement la référence de la cote ou je photographie la chemise ce qui m’épargne de longues recherches plus tard et me sera indispensable pour citer correctement mes sources.
Je peux ensuite commander d’autres pièces et, surtout, demander conseil aux archivistes. Ils m’ont souvent sortie de l’impasse : un regard extérieur, professionnel et méthodologique fait parfois toute la différence. En général, je consacre une demi-journée à ma séance de recherche, et je note toutes les pistes qui émergent pour une prochaine visite ou, comme dans ce cas précis, pour envisager un passage aux archives municipales de Menton.
Une fois rentré, le travail n’est pas terminé. Il est essentiel de classer ses photos et ses notes immédiatement, tant que tout est encore frais : renommer les fichiers, ranger les documents par cote ou par thème, et ajouter quelques commentaires pour se souvenir de ce qu’on a observé. C’est aussi le moment de noter précisément ses sources, référence de la cote, dépôt d’archives, date de consultation afin de pouvoir revenir au document si nécessaire et surtout de citer correctement ses trouvailles dans un arbre ou un récit familial.
Ensuite, on ne s’arrête pas à ce qu’on a trouvé : on croise les informations avec d’autres sources pour confirmer ou compléter les données. C’est souvent après la visite que les pièces du puzzle commencent vraiment à s’assembler. Dans le cas de mon italienne, je dois avouer qu’elle me laisse un peu perplexe mais on ne baisse pas les bras. Même si les administrations italiennes sont beaucoup moins coopératives qu’en France, je leur ai envoyé plusieurs demandes
Une visite bien préparée permet non seulement de gagner du temps, mais aussi de repartir avec des résultats plus solides et plus riches. Et surtout, elle donne envie de revenir : les archives ne sont pas un guichet où l’on récupère une information, mais une véritable mine dans laquelle chaque séance ouvre de nouvelles pistes.